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L’effet papillon. Carnet en territoire zéro chômeur longue durée.

Dans le cadre d’une résidence d’auteur au Moulin Boissard, Mathieu Siam réalise ce documentaire graphique, édité en avril 2025 par Des ronds dans l’O  L’ouvrage présente le Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD) de Poitiers. Les TZCLD constituent une expérimentation territoriale inscrite dans une loi de 2016 pour lutter contre  l’exclusion sociale. L’idée est de substituer les importantes dépenses sociales qui s’élèvent en moyenne à 18 000 € par chômeur de longue durée à des emplois en CDI payés au SMIC (à l’époque 22 000 €) ;  la différence peut être comblée par des ventes et des services rendus par la structure qui accueille le nouveau salarié. L’ouvrage propose une monographie détaillée de la TZCLD de Poitiers en 5 chapitres : la signature, les clés, les super-héros, les activités, le vent, lorsque l’expérimentation est remise en cause par le gouvernement qui veut baisser les financements et que les nouveaux travailleurs se battent pour leur emploi ” Ne tuez pas ma dernière chance d’emploi” ; “on veut des emplois, pas des allocs” ; “Halte aux préjugés sur les chômeurs” ; “On veut travailler, pas chômer” ; “Mon quartier a droit de briller”…

L’auteur réalise un important travail d’enquête en immersion en interviewant longuement voire à plusieurs reprises non seulement les volontaires engagés dans l’expérimentation mais aussi les encadrants, les politiques locaux, les concepteurs du projet et même le chercheur assurant l’évaluation… Pour compléter le travail de terrain, il propose en annexe, une postface de Laurent Guillaume, président national de TZCLD, intitulée “Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Alinéa 5 du préambule de la constitution de 1946 », ainsi qu’une chronologie du droit à l’emploi en France, des ateliers sociaux proposés par Louis Blanc en 1830 aux TZCLD en passant par les politiques d’insertion par l’économique ou la lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion. Dans une approche réflexive et originale, Mathieu Siam s’engage personnellement en mentionnant le parcours de ses proches qui ont connu des difficultés d’inclusion et des accidents de la vie, en valorisant la démarche des acteurs et actrices du projet et en faisant le parallèle avec la sienne qui vise à vivre entièrement de son métier d’auteur de BD.

La bnf met en ligne sur gallica le mensuel Mon avenir

Ce  journal a été édité à Paris par la JOC  (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) de 1930 à 1945 avec une interruption entre juin 1940 et  1944, le gouvernement de Vichy ayant interdit la plupart des mouvements de jeunesse, soit 11 années et 109 numéros. La collection est incomplète et ne commence qu’avec le N° 16 daté d’avril 1931. Comme le précise le sous titre, il s’agit d’une “préparation à la vie de travail”. Une variante ultérieure montre plus directement la cible “Mon avenir, le journal des jeunes travailleurs de 14-17 ans” qui sont appelés aussi jocistes, écoliers ou pré-jocistes, bref, ceux qui seront amenés à rejoindre “la classe des chefs ouvriers”. La finalité est clairement énoncée, promouvoir la formation professionnelle, l’apprentissage et l’orientation vers un métier manuel.  La une du n° 16 est explicite : “Vouloir réussir dans la vie sans apprendre un métier, c’est essayer d’attraper la  lune avec ses dents”.

Pour faire passer le message, le média privilégié sera l’image, les photographies et de plus en plus le dessin, le croquis et la bande dessinée. On dispose ainsi d’une source d’information nouvelle sur les images du travail vers la jeunesse ouvrière catholique française et plus largement francophone.

 

Direct Action, un documentaire de Guillaume Cailleau, Ben Russel, 216′, 2024.

Grand prix cinéma du réel, 2024.

Avec le succès de la  Zone à Défendre de Notre-Dame-des-Landes, l’idée d’action directe peut désormais être considérée comme légitime, non seulement pour désigner un conflit avec l’État mais aussi une manière de vivre et de protéger la terre. Ben Russell et Guillaume Cailleau ont longuement filmé dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ainsi que l’action menée par les Soulèvements de la Terre à Sainte Soline.

Ce qu’ils nous font découvrir à Sainte Soline, c’est une communauté diversifiée qui lutte contre l’implantation des méga-bassines, une manière de monopoliser l’eau par quelques gros agriculteurs souvent spécialisés dans le maïs. Un long et lent plan montre quelques jeunes manipulant une machine pour scier les planches ; puis un autre, tout aussi long, rend compte de l’usage d’une machine à fendre les troncs… Ou encore le labour avec un cheval, l’alimentation des chèvres, le désherbage d’un jardin, un concert, des réunions collectives, la fabrication de crêpes, la préparation des luttes, les manifestations… On découvre ainsi toute une série d’activités agricoles, artisanales, collectives et militantes.

Au total, une vingtaine de plans séquences, d’une dizaine de minutes chacun, documentent avec sobriété et précision la diversité des activités et des acteurs de cette lutte sociale. Loin d’être des “écoterrorismes” comme les présente le gouvernement, ces activistes apparaissent plutôt comme des sortes de travailleurs manuels engagés dans la sauvegarde de la vie sur la planète. Le dispositif des deux réalisateurs ne cherche pas à démontrer et imposer un point de vue. Il suggère la diversité des engagements et des composantes du “soulèvement de la terre”.  Il donne à voir aussi la force et la violence policière face à des manifestants dont les principales armes semblent être des lunettes de piscine, des masques anti-COVID voire des casques de vélo.

 

Un renouveau des images du travail d’enseignement.

Jean-Paul Géhin, GRESCO, Université de Poitiers

Il semble bien que les activités d’enseignement soient rarement mises en images sous forme de photographies, de films documentaires ou de fiction ou encore de romans graphiques ou bandes dessinées. Est-ce parce qu’il s’agit d’une activité intellectuelle sans gestuelle spectaculaire, sans savoir-faire photogénique ? Comme c’était le cas du traditionnel maître d’école caractérisé par toute une série de pratiques, matérialisées par autant d’objets (tableau, estrade, carte, image, tour de France…). Ou est-ce parce que nous avons eu tant le loisir de l’observer durant nos longues années de scolarité que le travail d’enseignement est devenu invisible.

Depuis peu des films, des bandes dessinées, des spectacles mettent en scène les activités d’enseignement avec des points de vue différents et renouvelés dans le fond comme la forme.

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